Top articles
-
DU CÔTÉ DES NUAGES
Le merle ne vient plus boire au jardin Parfois on entend une tourterelle Le ciel se tait Tu es du côté des nuages Un peu de pluie Rafraîchit la blessure Et l’ombre que tu tiens dans ta main Tu peux la refermer dans ton poing Ou la rompre comme le pain...
-
LES OREILLERS DU SILENCE
J’ai appris Comme les autres À découper Le temps des jours Pas celui des nuits On enlève sa montre Avant d’aller se coucher Comme si on pouvait noyer Le pendule dans l’encrier Comme si les chats des ruelles Ne pouvaient pas éventrer Les oreillers du silence...
-
PLUS LOIN QUE LA NUIT
Le ciel s’enténèbre Au loin – plus loin que la nuit Il y a l’entêtement de l’oiseau Tournant blessé Haut – très haut Muet au-dessus du silence L’absence est un ciel L’adieu à l’infini Le bout de la nuit est ici Dans les murs De la chambre verte Où naissent...
-
L’ORPHELINAT
Rescapées de terres noyées Les îles sont entourées de solitude L’orphelinat de la mer Là où l’attente est eau Là où l’absence est seule Inséparable de son ombre liquide Là où les ailes ne sont plus Que voiles repliées Là où il n’y a plus que rives Et...
-
L’ORAGE
Tu vivais toujours au jardin Souviens-toi des cerises de terre Tu marchais dans la saison Le vent portait ta tête Au-dessus des matins J’allais vers toi Genouillères aux genoux Arrosoir au cœur L’orage grondait Avec ces cris d’oiseaux Tu avais dit : Longue...
-
LES JARDINS
S’épuiser à chercher le secret de la mort fait fuir le temps entre les plates-bandes de jardins qui frémissent dans leurs fruits rouges et dans leurs fleurs. L’on sent notre corps qui se ruine et pourtant sans trop de douleurs. L’on se penche pour ramasser...
-
LEÇON DE TÉNÈBRES II
Pleurez vierges de Jérusalem Les dieux coupables vous ont trahies En plein feu du jour Le voile de lumière s’est déchiré Et l’ombre de la croix s’étend Jusqu’au plus sombre de la nuit Seule une aura d’épines Nimbe le Fils de l’homme Cloué contre le mont...
-
ENTREDEUX
Entre vous et moi La peur du noir L’horreur du blanc La nuit inexpiable Et le vide devant Le souvenir d’un vrai visage L’enfant qui braille Le geai bleu qui craille Le silence authentique Affrontant les tripes Entre vous et moi Le bond du lièvre La parole...
-
SI VIVRE EST UN DEVOIR...
Si vivre est un devoir, quand je l’aurai bâclé, Que mon linceul au moins me serve de mystère. Il faut savoir mourir, Faustine, et puis se taire : Mourir comme Gilbert en avalant sa clé. Paul-Jean Toulet (1867-1920) Les contrerimes, Extrait des Coples,...
-
LA CHANSON DE MAGLIA
Vous êtes bien belle et je suis bien laid. À vous la splendeur de rayons baignée; À moi la poussière, à moi l'araignée. Vous êtes bien belle et je suis bien laid ; Soyez la fenêtre et moi le volet. Nous réglerons tout dans notre réduit. Je protégerai...
-
CHIFFONNERIE
pour Jacques Brenner Ces poèmes-là J'en ferai des serpillières Pour éponger voyez-vous ça Le lait renversé des neiges La poésie ne sert à rien Je ne tricote pas le monde Je rechiffonne le terrain J'essuie la lune entre les tombes Eh bien à force de fourbir...
-
LA CORDE
Une nuit J’ai ouvert la grille Sur le jardin des ombres Traces de traîneaux perdus Pattes d’oiseaux sur la neige Pistes de loups éperdus Refus de ces chemins tracés Non je ne franchirai pas La distance de la douleur à l’amour Même si j’entends défleurir...
-
L'AUTRE MESSAGE
Quand il a lu le dernier mot Il cherche encore au creux de l'enveloppe autre chose, un signe impalpable plus fin qu'une épingle, un souffle qui serait parvenu clandestinement ici, loin de la mer, comme des grains de sable recueillis au fond d'un soulier...
-
LES CLÉS
Impossible de traverser un miroir éclaté Par tant de visages masqués Impossible de pénétrer Un coeur enserré dans sa blessure Impossible de percer Une nuit écorchée vive Par nos insomnies incisives Rendez-moi les clés Des portes emmurées dans nos jours...
-
LA NEIGE
Elle est venue de plus loin que les routes, Elle a touché le pré, l'ocre des fleurs, De cette main qui écrit en fumée, Elle a vaincu le temps par le silence. Davantage de lumière ce soir A cause de la neige. On dirait que des feuilles brûlent, devant...
-
Comme un enfant d'autrefois...
IV Comme un enfant d'autrefois dont le cri se perdDans un verger de pommes blanchesQuand la lune couvre tout de son amourJe revois dans un miroir désertMes souvenirs avec des cannes blanchesEt je ne sais pas qui d'eux ou bien de moiEst le plus à plaindre...
-
14 AOÛT 1959
Vendredi 14 août 1959 Plaisir de trouver à Cerisy Mme Micha (Ghislaine). Elle me parle du langage canadien : pour une femme: exquise, on dit : « Un saint chrème de femme », pour une belle maison, « un tabernacle de maison »... Guillevic est là : ses gros...
-
L'OUVRIER DES SONGES
Le ronflement du rabot éveille le pin blanc et l’artisan dès le matin modèle sa journée de bois tendre tout à l’heure il fera la pause ses épaules ne suffisant plus à la peine et oubliera au sol la jonchée de boucles blondes la mouture du café mêlera...
-
REMISE
Laissez filer les guides maintenant c'est la plaine Il gèle à la frontière chaque branche l'indique Un tournant va surgir prompt comme une fumée Où flottera bonjour arqué comme une écharde L'angoisse de faiblir sous l'écorce respire Le couvert sera mis...
-
TOUT À COUP...
Tout à coup, je me souvins de mes instruments de jardinage. Le râteau, qui attendait dans la grange pétrifiée, et la faux dont le tranchant s’était affiné par le froid. Je ressentais la douleur poignante de leur station. Hors du pré, on eût dit qu’ils...
-
LA BRUME S'ÉTAIT LEVÉE...
La brume s'était levée. Les toiles vides Étaient retournées contre le mur. Le petit chat est mort (disait la chanson). Serai-je ressuscité de la mort, demande l'esprit. Et le soleil dit oui. Et le désert répond ta voix n'est que du sable dispersé dans...
-
DEMAIN LA VEILLE
Voici un soleil Qui se couche sur l’ennui Voici une maison qui dort Les portes ouvertes sur la nuit Voici un œuf de merle bleu Deux tourterelles dans l’eau du ciel Des nuages de beau temps Un rayon matinal sur ta vitre Voici demain par les persiennes...
-
LES VOIX
Trop de vent trop d’orages Tu peux tout fuir Flammes fleurs et foin Même l’oiseau dans ta main Trop de neige trop de silence Tu peux tout trahir Sauf ce qui veut vivre Dans le jardin des ombres Ces lèvres entrouvertes Ces voix errantes Après les grandes...
-
LE TEMPS QUI MANQUE
Le temps derrière Le temps devant Ce que je tiens me fuit Souvent je me demande Ce qu'il manque à mes jours Pour faire mes nuits Ce qu'il manque à mes nuits Pour faire du temps Ce qu'il manque au temps Pour faire une vie Ce qu'il manque à ma vie La plupart...
-
LA MORT EST UN DIALOGUE
La mort est un dialogue entre L'esprit et la poussière « Dissous-toi », dit la mort — L'esprit « Madame j' ai une autre espérance » — La mort en doute — reprend sa plaidoirie — L'esprit lui tourne le dos Laissant simplement pour preuve Un manteau d'argile...

