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LES GRANDES ORGUES
Lorsqu’on touche l’ombre Et ses orgues de pluie On peut encore croire Que la lumière remue Dans la noirceur première Aussi longtemps que le ciel Porte aussi la nuit Christiane Loubier
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LES PIERRES
Les mots sur les lèvres Éclatantes de silence Autant d’oiseaux muets La parole pétrifiée Les pierres obèses Ne cassent jamais les vitres Christiane Loubier
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AU CHEVET D'UN CIEL
Aimer a si peu à voir Avec l’arrogance des corps Lorsque le désir se couche Et que l’amour veille Au chevet d’un ciel Qui accouche de la nuit Christiane Loubier
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GALANT CRÉPUSCULE
Je ne suis pas comme ces oiseaux Qui vont dormir dans les arbres Je n’ai pas d’ailes Je ne vole pas Je veille Je veille au centre Entre les parois À lumière fendre Je ne suis pas morte Je suis couchée Et je m’endors Entre la fable et la fête Christiane...
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L'OISEAU DE NUIT
L’oiseau de nuit Témoin que tout ciel s’éclipse Un jour la pluie Un jour le vent Un jour la fleur abolie Aujourd’hui Vous dites qu’il fait beau Le soleil cogne à ma vitre En vérité Je ne voulais pas être une ombre Dans la lumière raturée de l’hiver Christiane...
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AUTOUR DU TEMPS
Hier la beauté patiente Qui porte aussi La crinière de l’ombre Troupeaux Laissez-moi passer Dépêchez-vous Rendez-moi mes mains Je cherche le vent dans les blés Redonnez-moi mes matins Dépêchez-vous Autour du temps Une chevelure immonde Comme du foin Trop...
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VENEZ ME VOIR...
Venez me voir comme vient le vent Par-dessus les peuples restés debout. Armen Lubin En pays lointain (extrait)
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ON M'A DIT QUE...
On m'a dit Que les violettes de l'oubli Sont la seule compagnie des morts Y a-t-il un printemps? Moi je sais que la nuit Vient d'abord De quoi aurais-je peur Depuis longtemps L'ombre est ma demeure Anne Perrier, Le temps est mort (1961-1967)
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CHAIR TENDRE
Écuisser l'arbre Pour voir en double Le désir d'une chair divisée Christiane Loubier
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NOUS SOMMES AU MONDE...
Nous sommes au monde - et nous marchons sur l'enfer - regardant les fleurs Issa Haiku : anthologie du poème court japonais, Traduction : Corinne Atlan et Zéno Bianu
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L'ABRI
L’oiseau aux yeux jaunes S’est enfui avec les fils d’or de ma maison Je suis restée avec ma tête affolée Devant mon abri décousu Et les plis permanents de la nuit Christiane Loubier
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UN FOUR BANAL
C’est un tas de bois coupé Un tas de feuilles froissées C’est un tas d’absence Sèche ou rouge Un four banal Une incandescence pareille Sous la cendre des fleurs L’automne que tu sais Christiane Loubier
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LE BRUANT FAUVE
Quand à ma fenêtre revenait toujours Le bruant fauve fouillant les feuilles Les mortes d’un automne sans souffrance Qui en avait fait une prairie d’acajou Christiane Loubier
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POUR TOUT DIRE
Je n’aurai pour tout dire Écrit sur mon chemin Que mon incertitude La buée qui recouvrait la vitre Mais jamais la fenêtre Et jamais le chemin Paul Vincensini Extrait de C'était hier et c'est demain, Anthologie, Éditions Seghers, « Poésie d’abord», 20...
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FUNÈBRE
Monsieur Miroir marchand d'habits est mort hier soir à Paris Il fait nuit Il fait noir Il fait nuit noire à Paris Phillipe Soupault Georgia Épitaphes Chansons
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RISQUE DE PLUIE
Le soleil est au plus mal Bipolaire il va de gauche à droite On ne se fie plus au jour improbable Ni au vent qui piquent les yeux L’été coule dans l’or Le temps répudie le vert Les feuilles du peuplier t remblent à l’envers Il va pleuvoir Christiane...
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LA MORT...
La mort chasse l'ennui. Christiane Loubier
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L'OMBRE EST CHEVAL
Chevalier imprévu La mort courtoise Même le jour Même le matin Où la lumière est l'ombre q ui marche Derrière l a peau blanche des bouleaux Christiane Loubier
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LE PRIX
Les escaliers Des joies et des peines À descendre et à monter Sont compris dans le prix de sa maison Christiane Loubier
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TU ES ASSIS...
Tu es assis devant le métier haut dressé de cette harpe. Même invisible, je t'ai reconnu, tisserand des ruisseaux surnaturels. Philippe Jaccottet À la lumière d'hiver
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IL SE FAIT TARD
Dans l’écho des anciennes chasses J’écoute aux arbres Le chant égaré des cors J’emporte derrière moi Les souvenirs cornés par le vent Christiane Loubier
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LE BONHEUR DES ÉPAVES
La peur mouillée a éteint la bougie Nos deux corps à pic ont coulé Deux épaves de cire Ondoyant à flot sur le désir Dédaignant le brasier Qui consume trop tôt l'horizon Christiane Loubier
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IL EXISTE...
Il existe des maisons Sans jardin sans oiseau Je suis une égarée Hors saisons Il y a trop d’étoiles dans la nuit Christiane Loubier
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COULE LE VENT
Quand le ciel est de vent doux Le foin bouge Dans la maison des carouges Pour les oiseaux Dans le reflet des fleurs Pour tes yeux Dans le miroir des heures Christiane Loubier
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STELLAE ERRANTES
Comme tous les astres sauvages Nous vivions notre rancune heureuse Entre les bras des vents stellaires Qui emportaient nos mémoires On n’a pas su dans quelle nuit Dans quelle étoile de notre hérédité Christiane Loubier

