Top articles
-
L'AMOUR COTON
Maintenant Je m’endors de bonne heure Sans eau Sans bruit Je me passe de lampe De bougie Maintenant Je m’endors devant le feu Le feu comme celui Qu’allumait ma mère Ma mère couturière À chaque aurore d e l’hiver Maintenant Je m’endors devant le feu Le...
-
L'OISEAU ENDORMI
Le silence endormi Sur ton dernier visage Le grand oiseau aussi Autour à l'infini La neige insondable J'y vois ta bouche ta soif Les gouttes de la vie Je t'aime je mens j’oublie Dans le miroir hors du temps Revenons ici C’est là qu’il est tapi Le bel...
-
JE PENSE AU FLEUVE
J e pense au fleuve Profond de tant d'années Peu de terre Beaucoup d'eau Tombée en naufrages En torrents -- En débacles Aussi lourde que soit La clameur du vent Elle affleure sur les flots Le fleuve s'habitue Où je serai Sera l'entêtement des eaux Le...
-
L'HEURE DES COMPTES
Dans ce pays À la lumière trop courte Aux dimanches trop lents On compte à longueur d’année Mois de neige Soirs d’été Soleils qui reculent Feuilles qui s’envolent Que du temps à soustraire On compte sur les doigts Les fleurs immortelles Les oiseaux libres...
-
FEU TON SILENCE
Une lettre improbable Le silence tombe en moi Comme la pierre d'un noyé Pour ne pas t’écrire l’absence J’ai laissé passer novembre Puis décembre J’ai vu les chatons gris Le chemin dans l’arbre Pour les fourmis J’ai gardé ma main dans la nuit Neiges après...
-
LES CARRIOLES HORS DU TEMPS
À la manière de Charles Péguy Vous n’avez plus connu Ni vous ni moi Cette vie jetée sur tout un peuple Condamné d’avance à mourir de froid Vous n’avez plus connu Ces marcheurs bottés Ces coureurs fatigués Dormant dans les sapinages Guettant les grands...
-
LES BALAYEURS DE LA NUIT
Le houx me pique J’ai le cœur sectionné Comme une orange de Noël Me parleras-tu De cette nuit où tant d’oiseaux Sont tombés dans la clairière Allumée par un soleil de décembre Me parleras-tu Des glissades d’ombre Du fauve endormi De la neige qui apaise...
-
LE JOUR QUI VENTE
Le jour qui vente Se souvient qu’il était nuit J’écoute ton absence qui bouge Dans les rideaux blancs Poussière est le jour Amour toute peine Pourquoi pleurer le soleil couchant Je suis la nuit Souffle le vent Soulevant le plumage de l’oubli Rapportez-moi...
-
LA LANGUE AU CLOU
Mots parlés Mots condamnés Mots d’insulaires Pauvres mots D’histoires amères La langue au clou Vous viendrez voir docteur Les menacés les mourants Sur la route couchés Dans les chemins plus loin Déracinés desséchés Dans les rides des parchemins On tirera...
-
LA POÉSIE
Qu’est-ce donc que la poésie? Un feu de camp abandonné, qui fume longuement dans la nuit d’été, sur la montagne déserte. Retrait du monde et de moi-même, Souvent je l’ai entendu germer dans la pierraille de la montagne, Le grondement muet dont naîtra...
-
CHANSON DE MAI
Et puis un beau soir Il fera encore clair À l’heure du souper Je te demanderai De me chanter Avec ton air à toi La chanson d’Isabeau Ou bien celle des pervenches Aux quatre coins du lit Celle où une rivière Est si profonde Dans les draps blancs De la...
-
L'HIVER
à Gilbert Koull. J'ai su pourtant donner des ailes à mes paroles, je les voyais tourner en scintillant dans l'air, elles me conduisaient vers l'espace éclairé ... Suis-je donc enfermé dans le glacial décembre comme un vieillard sans voix, derrière la...
-
SOUS LES VIEUX REMPARTS
Près des archanges de pierres Sur le seuil du soir Trois tourterelles encerclent Le temps qui fuit Sous les vieux remparts À la nuit montante Un soldat de décoration Épuise l’herbe et l'hiver Pas une feuille ne bouge Sous les vieux remparts Au pied de...
-
L’ÉTÉ N’IRA PAS PLUS LOIN
L’été que le temps décolore Les dernières fleurs Le temps sans regret Se prépare à d’autres feux Oublie ce brin de muguet Séché dans un livre Désire le froid Demande la pluie Sur tes désirs trop mûrs Qui tombent dans l’herbe Les foins sont déjà faits...
-
PEUT-ÊTRE NOVEMBRE
C’était peut-être novembre Dans l’aube de six heures Tu cueillais des fleurs d’obscurité Il faisait encore lune à la fenêtre C’était peut-être novembre La saison qui t’obsède Le jour n’est plus de taille Il rampe sous la porte Vois ta main Elle capture...
-
TUER LA VIE BAVARDE
Les mains éplucheuses Salaient la soupe du soir Le jour allait finir Mais tout bruitait dehors Les autos les camions Les autobus et les taxis éternels Chez les voisins on veillait fort Tandis que tremblaient les grands conifères Paix lumière où vous cachez-vous...
-
LE MANCHE
Le manche le plus commode que j’ai connu se tenait à la porte de l’écurie. C’était un bois d’orme dont l’écorce rugueuse n’avait pas été enlevée. À force d’être massé, il avait velouté; chaud en hiver. Il était devenu doux comme un linge. I l était brun....
-
LES VÉRANDAS
Avec son poids de sagesse et d’ennui la vieillesse est une source vaine où boivent ceux qui n’ont plus soif dans les villages les vérandas sont les parloirs de l’été du printemps quand il est doux de l’automne quand il tarde on y remue des regrets imprécis...
-
LA CULTURE CE N'EST PAS...
La culture ce n’est pas avoir le cerveau farci de dates, de noms ou de chiffres, c’est la qualité du jugement, l’exigence logique, l’appétit de la preuve, la notion de la complexité des choses et de l’arduité des problèmes. C’est l’habitude du doute,...
-
L'HEURE PRÉSENTE
J'ai ramassé le fruit, j'ouvre l'amande. Dans la parole La dérive rapide de la nuée. Illusion, L'âtre qui brûlait clair le soir, te souviens-tu, Dans la maison que nous avons aimée. Ce petit bois, Ces boules de papier froissé, ce pique-feu, Cette flamme...
-
L'ENFANT LIT L'ALMANACH...
L’enfant lit l’almanach près de son panier d’œufs. Et, en dehors des Saints et du temps qu’il fera, elle peut contempler les beaux signes des cieux : Chèvre, Taureau, Bélier, Poissons, et cætera. Ainsi peut-elle croire, petite paysanne, qu’au-dessus d’elle,...
-
LES DRAPS SONT BLANCS...
Les draps sont blancs pour quel sommeil ? Ils gémissent sous le vent dans la courbe du verger épinglés au fil des heures l'eau rêve contre la pierre une hirondelle l'effleure à peine il va pleuvoir sous la bruine qui vient du lac une lingère décroche...
-
ENSEMBLE
Par le seul désir de durer ensemble Nous sommes à l’image l’un de l’autre; Par le seul flamboiement du coeur qui saute Nous sommes ce que le feu rassemble. Par toute l’âme sans ressemblance Nous sommes étrangers l’un à l’autre; Par la nuit qui tient le...
-
JE VOUS RENVOIE LA LETTRE...
Je vous renvoie la lettre de l'oiseau bleu, qui ne m'était pas destinée. [...] les oiseaux et moi nous nous intéressons à la beauté des mots, des ombres, mais nous ne pourrions prendre la responsabilité d'un grand bonheur constant et bleu. Marie-Claire...
-
LE JOUR EST SI FRAGILE...
I Le jour est si fragile, à la corne du bois que je ne sais plus où ni comment ce matin poser mes yeux, ma voix, poser ce corps d’argile si drôlement qui craque à la croisée des ombres. J’ai peur soudain, ou peur de n’être que cela : une poignée de terre...

